IN SLOWMO VERITAS

14 Jan , 2015  

Art   -   Art et économie   -   Art Immatériel

« IN SLOWMO VERITAS » : http://www.botoxs.fr/evenement/slowmo-le-ralentisseur/

Jean-Baptiste Farkas

(Juin 2014)

 

Pour décrire un « quelque chose » de la teneur de ces quelques mois passés au sein du réseau BOTOX(S) à activer le service Slowmo, Le ralentisseur, il me suffira de rapporter une anecdote. Elle dévoile assez nettement, me semble-t-il, les contours d’une approche, l’aspect général d’un mode opératoire qui n’en passe pas par l’élection de « ce qui serait à voir », artefact ou performance, mais par les manifestations discrètes, secrètes parfois, d’un état d’esprit.

« Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’esprit dans lequel les choses sont faites et propagées. » (Bob Filliou)

D’autres histoires pourraient être relatées ici, renvoyant toutes à des activations trépidantes ayant pris forme dans ce contexte.

Il serait important, un jour, de les décrire consciencieusement une par une, plusieurs dizaines, d’intensités très variables, muées par des raisonnements plus ou moins pertinents, réussies ou ratées[1]. Certaines d’entre-elles me viennent encore spontanément à l’esprit : un « Visiteurs du Samedi Slowmo » conduit par Thierry Lagalla mué en « orateur fou » (et en Monsieur Loyal !), qui nous permit, via une diffraction admirable, d’offrir du nouveau à nos « otages », celle, cruelle et symptomatique, qui a vu le médiateur du Nouveau Musée National de Monaco (NMNM) se rendre à l’Espace de l’Art Concret (EAC) à Mouans-Sartoux pour participer à notre restitution finale avec un jour de retard[2], ou encore celles, souvent rares et étonnantes, narrées par les activateurs du service venus participer à cette même restitution finale organisée à l’EAC. Ou enfin celle qui m’a vu choisir le train de façon systématique pour faire mes voyages à Nice afin de prendre le temps de préparer soigneusement mes rencontres, de lire de bons livres et d’écouter des morceaux de musique fascinants en imaginant avec allégresse tout ce qu’il serait possible d’engager sur place. Cinq heures par cinq heures.

« […] le monde entier nous est offert en une seconde ou à quelques heures d’avion, et nous n’avons jamais le temps d’en jouir […] » (Hartmut Rosa)

Mais voici où je voulais en venir :

En me rendant le samedi 5 avril 2014 à l’ouverture de l’exposition « SLOW 206 h » (montée à l’EAC par Fabienne Fulchéri), j’avais été copieusement interrogé au sujet des activations en cours, mais restées imperceptibles, du « ralentisseur », Slowmo, à Nice, Monaco, Mougins et Mouans-Sartoux — il faut savoir qu’à l’initiative d’Éric Mangion, le réseau BOTOX(S), Isabelle Pellegrini et moi-même, avions commencé à « déployer » Slowmo quelques mois auparavant et qu’en ce début d’avril, nombre d’actes de ralentissement battaient leur plein. Or plusieurs des artistes invités à l’exposition « SLOW 206 h » regrettaient de ne voir apparaître de Slowmo nulle part, malgré que l’activation du service ait été annoncée un peu partout. « On en parle, on en parle, mais pourquoi ne voit-on rien ? » Dilettantisme ? Pointe ? Sinon quoi ? « Agir avec une lenteur exagérée. »

Plus tard dans la soirée j’avais face à moi Jean Dupuy et un de ses amis, également exposant, Émile Laugier, à qui j’expliquais que les ralentissements n’apparaissaient pas dans l’exposition « SLOW 206 h », ni dans aucune autre exposition d’ailleurs, mais qu’ils avaient, depuis « l’ombre où ils étaient tapis », des effets directs sur le fonctionnement des structures où ils étaient activés. « Il y a ralentissement en terme d’activité, en terme de travail et non de “chose à voir” », une façon pour moi de présenter l’idée dans son plus simple appareil, « pas d’exposition, pas d’objet d’art, mais des actes perpétrés dans une logique héritée de l’obstructionnisme ». Réagissant à mes propos, Dupuy et Laugier affichaient une mine aimable mais aussi préoccupée. Dupuy parla le premier : « Oui, c’est intéressant, n’est-ce pas, de choisir de ne pas apparaître en tant qu’artiste tout en faisant une proposition dont l’objectif est de frapper les esprits. C’est un positionnement pertinent. Mais d’autre part, comment les ralentissements cheminent-ils jusqu’à la conscience, comment se communiquent-ils ? En l’occurrence, à qui s’adressent-ils et qu’engagent-ils concrètement ? »

Je me gardais bien de fournir des réponses satisfaisantes. Or un peu plus tard dans la soirée, Émile Laugier me tendit une perche de premier ordre lorsqu’il en vint, dans la conversation, à un fait récent qui lui paraissait peu anodin, irritant, même. Celui d’avoir été payé par l’EAC pour sa participation à l’exposition « SLOW 206 h » en plusieurs chèques. Selon ses mots : « un fait peu explicable, qui plonge dans l’embarras et ne se laisse pas vraiment comprendre : dois-je déposer ces chèques les uns après les autres, ou plutôt les déposer d’un coup, mais dans ce cas, quel travail de paperasse, j’ai appelé l’administration de l’EAC et pas un éclaircissement ne m’a été fourni ».

« Vient la lenteur, sort le secret », il ne me restait dès lors qu’à ajouter ceci :

« Sans le savoir Émile, vous aviez donné un bras entier à une activation de Slowmo ! Celle qui consistait, pour le comptable de l’EAC, à effectuer ses règlements par tranches de 300 euros “pour les faire durer” ! ».

[1] Aux dires de leurs auteurs ! Qu’elles soient prétendument « ratées » ne leur enlève rien à mes yeux.

[2] Le dimanche 1er juin et non le samedi 31 mai 2014.


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